Les premières œuvres de la littérature espagnole ont été écrites au Moyen Âge.

Le Cantar del Mío Cid, dont on ne connaît pas l’auteur, est la première œuvre écrite en vers en espagnol. C’est une chanson de geste qui narre les exploits du Cid Campeador.

GONZALO DE BERCEO a vécu dans le couvent de San Millán de la Cogolla, où il a écrit les Milagros de nuestra Señora. Son œuvre appartient au Mester de Clerecia, la littérature médiévale composée par les clercs, dont la finalité est d’enseigner la foi chrétienne d’une manière plaisante et conviviale.

Le XVe siècle est un siècle de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance, même si les schémas médiévaux sont maintenus, comme la didactique et les thèmes religieux.

Le poète espagnol Jorge Manrique écrit les Coplas a la muerte de su padre, une œuvre dans laquelle il nous offre une profonde réflexion, d’une grande beauté, sur la brièveté de la vie et la finitude des biens terrestres.

Fernando de Rojas a produit La Celestina sous le règne des Rois Catholiques. L’œuvre traite de l’amour de Calisto et Melibea, deux jeunes oisifs dont la relation est favorisée par l’entremetteuse Celestina.

La Renaissance impose une division entre le naturel et le surnaturel, face au Moyen Âge, où le religieux intervenait constamment. À cette époque, on apprécie la vie matérielle, ses plaisirs et la beauté du paysage et de la nature.

On distingue trois types de poésie : profana, ascétique et mystique.

La poésie profane est représentée par GARCILASO DE LA VEGA. Homme érudit et élégant qui a servi à la cour de Charles Ier; il écrit sur des sujets amoureux et pastoraux.

FRAY LUIS DE LEON, quant à lui, est un représentant de la poésie ascétique. Il a été expulsé de l’Université de Salamanque à la suite du procès que l’Inquisition a engagé à son encontre après sa belle traduction de l’ouvrage biblique Cantique des Cantiques. Après plusieurs années passées en prison, il a été réadmis à l’université et la phrase avec laquelle il commencé son premier cours est restée gravée dans les esprits : « Comme nous le disions hier… ».

Pour ce qui est de la poésie mystique, deux auteurs se distinguent : SAN JUAN DE LA CRUZ et SANTA TERESA DE JESÚS. De Santa Teresa, on retient le célèbre fragment d’un de ses poèmes dans lequel elle exprime son désir ardent d’atteindre l’union parfaite avec Dieu :

C’est entre la Renaissance et le Baroque que naît le ROMAN PICARESQUE avec El Lazarillo de Tormes, dont l’auteur est inconnu. Cela marque l’apparition de la figure littéraire du « Picaro » qui a donné lieu à des romans ultérieurs du même genre comme Guzmán de Alfarache de MATEO ALEMAGNE ou La vida del Buscón llamado Don Pablos de QUEVEDO.

MIGUEL DE CERVANTES naît et se forme à l’époque de la Renaissance, mais il vit et meurt à l’époque du Baroque. Il est considéré comme le père du roman moderne. Après avoir écrit La Galatea, un ouvrage qu’il ne termina pas, et une série de romans exemplaires, il atteint le sommet de son talent avec El Quijote, publié en 1605, dont le protagoniste Alonso Quijano, amateur de romans de chevalerie, perd la raison et se lance sur les chemins avec son cheval Rocinante et son écuyer Sancho pour imposer la justice selon les normes de la chevalerie. Le roman commence par cette célèbre phrase :

Le XVIIe siècle marque l’apparition du scepticisme et du pessimisme du Baroque face à l’idéalisme et à l’optimisme de la Renaissance. Le déclin lent mais progressif de l’empire espagnol commence dans le domaine militaire et diplomatique. On assiste à un essor de la poésie culte, en quête de l’artificiel et du raffiné.

GÓNGORA utilise un langage chargé de latinismes appelé cultéranisme et QUEVEDO, considéré comme le grand poète de l’amour de ce siècle, joue avec le double sens des mots en utilisant un langage dénommé conceptiste.

La rivalité entre les deux auteurs est bien connue, de même que les vers où QUEVEDO parodie le nez de GÓNGORA

Pour ce qui est du théâtre, LOPE DE VEGA, est l’auteur le plus populaire du Baroque avec une production abondante. Il renouvelle le genre théâtral en composant ses œuvres en harmonie avec l’époque dans laquelle il vit. Parmi ses œuvres, nous pouvons distinguer les comédies de cape et d’épée. Sa production lyrique a aussi une valeur inestimable avec les premiers vers de la romance El Solitario

L’autre grand auteur théâtral du Baroque est CALDERON DE LA BARCA qui crée un théâtre plus philosophique, apportant plus de profondeur et de réflexion à ses personnages.

Dans La vida es sueño, on retiendra le sublime soliloque de Segismundo

Le XVIIIe siècle marque l’instauration de la dynastie des Bourbons, avec le roi Philippe V, et le début du Siècle des Lumières qui tire son nom du mouvement des Lumières né en France. C’est le retour aux classiques, dans un but didactique et moral.

Les Fables d’IRIARTE et de SAMANIEGO, qui mettent en scène des animaux, en sont un bel exemple.

CADALSO écrit les Cartas Marruecas, un roman épistolaire dans lequel il rassemble une collection d’essais sur le retard culturel, social et matériel de l’Espagne.

Au début du XIXe siècle, c’est l’avènement du Romantisme en réaction au rationalisme illustré de l’époque précédente. Il y a une soif de liberté et d’expression des sentiments.

On rejette le monde réel et on laisse libre cours à l’imagination et à la fantaisie, expression du caractère rebelle propre à la jeunesse. Les poètes les plus représentatifs sont ESPRONCEDA et BÉQUER

JOSÉ DE ESPRONCEDA écrit ses meilleurs poèmes, après être entré en contact avec le Romantisme anglais. Il éprouve une prédilection pour les personnages marginaux comme dans son poème La canción del Pirata :

Pour sa part, GUSTAVO ADOLFO BEQUER, considéré comme l’initiateur de la Poésie moderne, a un style simple et intimiste :

Face au Romantisme, le Réalisme cherche la représentation objective de la réalité. Le Naturalisme s’y attellera d’une manière détaillée et extrême. À cette époque, le genre littéraire le plus couramment utilisé est le roman et l’on y distingue deux auteurs : BENITO PÉREZ GALDOS ET LEOPOLDO ALAS « CLARÍN ».

GALDÓS, auteur très prolifique, écrit Los Episodios Nacionales qui passent en revue l’histoire depuis la bataille de Trafalgar en 1805 jusqu’à la Restauration monarchique en 1874. Parmi ses autres romans, nous pouvons citer La Fontana de Oro et Fortunata y Jacinta.

CLARIN, critique littéraire et auteur de La Regenta, est le principal représentant du Naturalisme en Espagne.

MODERNISME (XXe siècle)

Le Modernisme se caractérise par la recherche de la beauté formelle. Ce courant surgit en Amérique latine avec la publication de l’ouvrage Azul du poète nicaraguayen RUBEN DARÍO.

En Espagne le plus grand poète moderniste était JUAN RAMÓN JIMENEZ, auteur de Platero y Yo :

Les auteurs de la GÉNÉRATION DE 98 aspirent à renouveler la société et sont préoccupés par les problèmes de l’Espagne. Avec la perte des dernières colonies de Cuba et des Philippines en 1898, Azorín, Baroja et Ramiro de Maeztu proposent des solutions radicales qu’ils mitigeront par la suite.

Leur langage est simple, agile et communicatif. À ces trois premiers auteurs viendront s’ajouter d’autres écrivains comme Miguel de Unamuno, Antonio Machado, Valle-Inclán.

PIO BAROJA écrit de nombreux romans, notamment El Árbol de la Ciencia, Zalacaín el Aventurero et Las aventuras de Shanty Andíal, ces deux derniers se déroulant au Pays basque.

Dans la poésie d’Antonio Machado, El camino est une référence constante.

La GÉNÉRATION DE 27 doit son nom à la célébration du troisième centenaire de la mort du poète GÓNGORA, dont l’œuvre était admirée. Parmi les membres de ce courant littéraire, citons FEDERICO GARCÍA LORCA, RAFAEL ALBERTI, VICENTE ALEXANDRE ET LUIS CERNUDA.

Parmi les œuvres de la première époque de GARCÍA LORCA, citons le Poema del Cante Jondo et le Romancero Gitano. Ses poésies sont influencées par le lyrique populaire andalou.

Les romanciers de ladite « Littérature d’après-guerre » apparaissent au terme de la guerre civile.

CAMILO JOSE CELA, auteur de La familia de Pascual Duarte, inaugure un nouveau style littéraire appelé « Tremendisme » qui se caractérise par la déformation de la réalité en soulignant ses aspects les plus désagréables.

MIGUEL DELIBES avec La sombra del ciprès es alargada reflète le triste monde de l’après-guerre. Ses personnages y apparaissent désorientés, tristes et frustrés.

RAMON J.SENDER, auteur exilé, écrit le roman Réquiem por un campesino español où il évoque la question de la guerre civile.

À partir de 1955, c’est l’étape du « Réalisme social » qui commence. On traite des réalités sociales concrètes, en dénonçant leurs injustices.

Citons à cet égard les romans El Jarama de RAFAEL SANCHEZ FERLOSIO et Entre visillos de CARMEN MARTIN GAITE.

BLAS DE OTERO et GABRIEL CELAYA produisent une poésie sociale et engagée, dans le but de tenter de changer la réalité sociale du moment.

Les années 60 se caractérisent par une littérature expérimentale; on cherche un changement et un renouveau dans la façon de composer. L’ouvrage Tiempo de silencio de LUIS MARTIN SANTOS est publié en 1962 et sera le point de départ de cette nouvelle étape dont font partie des auteurs tels que JUAN GOYTISOLO avec Señas de identidad et JUAN BENET avec Volverás a Región.